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5 juillet 2010 1 05 /07 /juillet /2010 12:10

Un film de Hugues et Sandra Martin

Personnages légendaires de la culture orientale, les djinns sont plus connus chez nous sous une autre appellation, quelque peu faussée, les « génies » malfaisant qui retournent à leur avantage les fameux 3 voeux. Image très édulcorée de ces créatures mystiques peuplant le désert, directement citées dans l’amusant film Wishmaster de Robert Kurtzman et qui bizarrement n’avaient jamais été traités au cinéma sous leur forme première. Comme quoi il reste toujours des sujets originaux à traiter par le septième art! Et la surprise c’est que la petite équipe derrière ce sujet complètement inédit, et bien elle est française. Au delà du cocorico de rigueur, il faut avouer que ça fait plaisir de voir des frenchies aborder le cinéma de genre avec sérieux et respect, et sous un angle totalement nouveau qui plus est. Car si le mariage des genres opéré dans Djinns, à savoir film de guerre et fantastique, a pu être observé récemment en Asie par exemple (au hasard dans le coréen maladroit R-Point), il reste relativement rare alors qu’il est d’une efficacité imparable, la tension d’une zone de guerre servant de terreau idéal à une mise en place sournoise de l’horreur qui peut même devenir une belle métaphore de la guerre elle-même. Avec une ambition qui ne faillit jamais, et qui sert le film autant qu’elle le dessert, le couple de réalisateurs livre une alternative fort intéressante à la vague de cinéma de genre français qui sévit depuis quelques années pour notre plus grand bonheur à nous, amateurs de cinéma alternatif (ou pas d’ailleurs). Loin d’être irréprochable, Djinns possède quelques atouts pour séduire.

Le couple de réalisateurs/scénaristes s’éloigne assez rapidement de toutes les dernières tentatives de cinéma de genre à la française. Ni horreur référentielle et maladroite à la Vertige ou Frontière(s), ni science-fiction intello souvent bancale à la Dante 01 ou Eden Log, et encore moins actionner horrifique burné mais foiré du type la Horde. En fait il semblerait même que l’aspect fantastique de leur film ne les intéresse pas tant que ça et serve surtout d’outil bien pratique pour catalyser des situations totalement ancrées dans l’humain et le réel. Malgré son titre et certaines ambitions de départ qui n’ont pas survécu au passage sur la table de montage (on sent violemment le charcutage pour entrer dans la case proche de 1h30), Djinns est donc avant tout un film de guerre, un film de soldats qui se retrouvent coincés dans un lieu qu’ils ne connaissent pas, ne maitrisent pas, et qui va à l’aide de ces créatures fantastiques faire éclater au grand jour leur côté sombre et leurs troubles psychologiques. L’idée est bonne mais on a la vilaine impression de voir un autre film que celui qu’on attendait, et ce genre de surprise n’est pas toujours agréable.

Prenant place en pleine guerre d’Algérie Djinns développe un background plutôt intéressant étant donné le côté légèrement schizophrène de ce conflit que notre pays a toujours beaucoup de mal à accepter en tant que tel. Sujet tabou qui commence à être abordé par le cinéma français de façon extrêmement maladroite comme dans Hors la Loi ou sans concession aucune dans le magistral l’Ennemi Intime. Cette sale guerre sert ici de toile de fond poisseuse pour développer un véritable film de personnages, mais absolument pas un film choral comme veulent le présenter les réalisateurs, la structure ne correspondant vraiment pas. Si les djinns en question sont malheureusement bien trop rares à l’écran, ils servent évidemment le récit en dévoilant les blessures intérieures de chaque membre de l’escouade. Trauma de la guerre d’indochine, visions morbides, il est grandement question de culpabilité dans tout ça. Tous les personnages sont souillés à un certain niveau et les créatures ne font qu’illustrer et projeter par l’intermédiaire d’hallucinations leurs drames personnels. Si on comprends bien la parabole par rapport à la guerre, plutôt intelligente d’ailleurs, il reste l’impression par des récits secondaires abandonnés en cours de route que Djinns est une tentative de vrai film de genre qui ne s’assume pas complètement, et c’est dommage car le potentiel est énorme.

Si sur le fond on a vraiment l’impression d’un film bancal (pour une fois, une bonne 1/2h en plus serait bienvenue pour rattraper des ellipses foireuses) et parfois presque ennuyeux malgré les très bonnes idées, il faut avouer que sur la forme l’équipe a réussi à transcender un budget qu’on imagine relativement réduit. La photo de Pierre Cottereau est magnifique, la désaturation opérée s’éloignant des canons en vigueur dans tout film de guerre moderne ou des clichés inhérents aux paysages désertiques. Du côté mise en scène, on a droit à une alternance de plans larges dans un scope superbe et de mouvements caméra à l’épaule en plan séquence douloureux pour le crâne du pauvre spectateur. Les paysages trouvent un bel écrin et la tension obtenue à l’intérieur du village, dans un espace relativement réduit, se retrouve très efficace bien qu’on sente un peu trop l’influence d’Assaut de Carpenter. Il est amusant de noter que Djinns ne souffre pas tant que ça de références justement, car à part celle pré-citée et une scène qui rappelle furieusement Ring d’Hideo Nakata (une femme fantôme et un puit, forcément) ou une autre en souvenir de la bonne vieille horreur italienne (l’attaque des scorpions) l’ensemble reste très original.

On en arrive à une des origines du sentiment mitigé qui nous accompagne à la sortie de la projection, les acteurs. Un film qui se base sur des relations de plus en plus tendues entre des personnages se doit de s’appuyer sur un casting irréprochable, et ce n’est vraiment pas le cas à cause d’un vilain petit canard qu’on retrouve un peu trop dans les dernières productions hexagonales. Soyons honnêtes, la grande majorité des acteurs s’en sortent très bien avec en tête le toujours très bon Saïd Taghmaoui qui a vu son rôle malheureusement réduit mais qui ridiculise facilement le reste du casting, à l’exception peut-être d’un Thierry Frémont en grande forme (bien qu’il en fasse parfois un peu trop) ou du duo Matthias Van Khache / Aurélien Wiik qui fonctionne à la perfection. Mais le gros soucis vient du personnage qui se retrouve dans un rôle central et qui est incarné par le très très mauvais Grégoire Leprince-Ringuet. L’acteur de la nouvelle génération semble être une valeur sure qu’on retrouve un peu partout en ce moment mais il va falloir que la profession ouvre les yeux, ce garçon joue comme un manche avec 2 expressions (« ahuri » et « a peur ») et plombe le film à lui tout seul, c’est une catastrophe! Pas mal de réserves donc dues à quelques choix plus que douteux au niveau du casting et du montage (les passionnants et graphiquement très très réussis djinns en souffrent terriblement), mais Djinns est un film qui mérite sa chance surtout grâce à une réelle ambition de nouveauté et un traitement visuel pas loin d’être irréprochable.

 

Filmosphere

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